Photographies de carnaval

Filhos de Gandhy - Bahia

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Premières impressions du « Pelô » 

 

« ...C’est la première fois depuis que je suis arrivé à Salvador (c’est-à-dire une semaine) que mon image d’étranger m’a été renvoyée avec autant de violence. Je me suis senti très mal à l’aise dans ce lieu pourtant si magnifique.

« L’agression » de ce tourisme de masse est presque permanente.

Le Mercado Modelo est rempli de petites boutiques de souvenirs. Ici les berimbaus et autres objets traditionnels sont fabriqués en série,  tous peints de couleurs flamboyantes. Un spécialiste de capoeira m’a avoué quelques semaines plus tard qu’ils étaient de très mauvaise qualité,  qu’ils pouvaient juste servir à être accrochés au mur.  Dans cette partie de la ville,  tout est fait pour confirmer l’image de Salvador, dans sa dimension culturelle,  en tant que miroir de l’Afrique au Brésil. Mais cette culture n’est-elle pas aussi le reflet de sa propre auto-production touristique ?

Je me suis mis à observer un petit groupe de Français âgés d’une cinquantaine d’années. L’un d’eux avec une caméra « Sony » de toute dernière  génération au poing, une sacoche d’appareil photo en bandoulière et une ceinture à plusieurs poches d’où il sortait son argent. Cette intrusion colonialiste de tant de technologie commençait à attirer les regards et les convoitises.

Un adolescent s’est approché et a commencé à montrer des colliers en plumes, bois, pierres et semences. Quelques secondes après, ils se sont mis à discuter du prix de l’un des colliers choisi et passé autour de son cou. Un gamin d’une douzaine d’années s’est approché pour se mêler à la conversation. Le vendeur a dit le prix de « cinq » en faisant signe avec ses doigts. Le Français n’a pas l’air surpris mais le gamin dit « dollar » en regardant le vendeur. Le Français, sans aucune hésitation, s’est mis à chercher dans son portefeuille l’argent,  dix reais (soit 5 dollars au lieu de 5 reais, prix fixé dans la confusion). Le touriste a renchéri en demandant s’il n’avait pas le même collier pour son ami. Le vendeur a demandé d’attendre un moment et que d’ici une heure il lui rapporterait le même collier que celui qu’il avait déjà acheté.

Mais le touriste, pressé, a refusé d’attendre une heure. Le vendeur a insisté en lui proposant de passer le soir à son hôtel. Le touriste a  refusé catégoriquement comme si c’était déjà trop tard, son envie, son moment de grâce étant déjà passé. Il lui avait donné les dix reais du premier collier sur un coup de tête, sur une simple envie passagère car on se permet de donner une telle somme, l’équivalent du salaire d’une journée de travail d’un ouvrier sur le simple caprice d’un moment.

Je ne suis pas resté longtemps dans ce Pelourinho lors de ma première rencontre. La violence symbolique de ce lieu touristique m’a tellement pris à la gorge. J’en ai eu une première impression plutôt négative. En repartant, un garçon d’une quinzaine d’années m’accoste dans la rue, commence à me dire qu’il a quatre frères et une sœur et qu’il vit avec sa grand mère. Il me demande d’où je viens en me disant : « tu es pauliste ? ». Je lui réponds que « oui » parce que ce n’était pas faux non plus.  Il commence par me dire qu’il est sérieux, plein de bonne volonté, qu’il aide toujours les personnes âgées à traverser la rue. Il me dit qu’il ne veut pas d’argent mais que je pourrais lui acheter une boîte de lait pour aider sa famille. Je l’accompagne, hésitant, faiblesse de ma part ou peur de m’attirer les foudres d’un manque de charité. Il m’accompagne un bref instant, il me propose de l’attendre le temps de poser (ou de revendre) la boîte de lait que je viens de lui acheter. Je lui ai répondu que nous aurions sûrement l’occasion de nous revoir une prochaine fois. Je retournerai en ce lieu obligé de la culture bahianaise, réappropriée pour les circonstances du tourisme, un lieu où se cultivent les contradictions et les paradoxes ... »

La tradition réinventée 

Vers une définition de la tradition

Il arrive souvent que la fréquence d’emploi de certains mots soit inversement proportionnelle à la clarté de leur contenu. L’emploi presque obligé du terme « traditionnel » en ethnologie, sociologie et dans les sciences sociales en général,  présente quelques inconvénients.

Elle contribue à consolider un cadre de référence constitué par un système d’opposition binaire (tradition/changement, société traditionnelle/société moderne) dont la pertinence peut se révéler problématique si l’on affecte à ces oppositions une valeur générique comme la culture. Dans le cadre qui nous concerne, dans un tel méandre cosmopolite, comment distinguer la culture traditionnelle afro-bahianaise - puisqu’elle est déjà par définition même le produit d’un choc culturel, d’une altérité, d’un mélange et d’un métissage ?

Mais qu’est-ce au juste qu’une tradition ? Suivant quels critères est-il possible d’organiser le recensement d’un tel fait ? De quels critères, par voie de conséquence, serait privé un fait non traditionnel ?

On remarque tout d’abord que le contenu de la notion de tradition, telle qu’elle est plus fréquemment employée en sciences sociales, n’est aucunement en rupture avec l’acceptation courante du terme de tradition. Bref, la tradition en sciences sociales se confond assez généralement avec la tradition du sens commun, la tradition de l’ethnologie s’inscrit dans une représentation culturelle et conventionnelle du temps et de l’histoire.

C’est-à-dire, la tradition est vue dans une représentation du temps linéaire, d’une histoire où le passé est pensé comme derrière nous et toujours s’abolissant dans une présent nouveau. On pourrait faire ainsi l’hypothèse que seule la culture occidentale moderne considère la tradition et le changement comme foncièrement antinomiques.

Cette distinction que nous faisons sans y penser prend place entre passé et présent, entre statique et dynamique, entre continuité et discontinuité. Nous avons tendance à confondre l’histoire avec le changement comme si la pertinence d’un état de fait dans le temps n’était pas historique, comme si le seul changement faisait l’histoire.

Mais ne faut-il pas voir la tradition non plus sous forme linéaire,  mais plutôt cyclique ? Ici « l’événement n’est plus conçu comme unique et inédit mais comme identique à son original. L'expérience du passé se fait dans le présent. Au lieu d’une coupure entre passé et présent, le passé est regardé comme sans cesse réincorporé dans le présent, le présent étant comme une sorte de répétition ».

La notion de tradition renvoie d’abord à l’idée d’une position et d’un mouvement dans le temps. La tradition serait un fait de permanence du passé dans le présent, une survivance à l’œuvre, soit quelque chose d’ancien supposé être conservé et transféré dans du nouveau. La mission du sociologue et de l’ethnologue serait de collecter ces éléments du passé encore observables dans le présent, formant en quelque sorte un patrimoine. Mais tout ce qui vient du passé n’est pas traditionnel. La tradition ne transmettant pas l’intégralité du passé, il s’opère un filtrage, la tradition viendrait de ce tri. Par exemple, à nos yeux d’occidentaux, la religion apparaît comme le champ par excellence de la tradition. Lorsque l’on évoque la tradition de tel ou tel peuple, nous ne faisons pas référence à n’importe quel type d’institution, d’énoncé ou de pratique. Ainsi nous associons la tradition à un message particulier.

D’autre part, la notion de tradition évoque l’idée d’un certain mode de transmission. Si tout ce qui survit du passé n’est pas tradition, de même tout ce qui se transmet ne forme pas nécessairement la tradition.

Ce qui la caractérise n’est pas seulement le fait qu’elle soit transmise mais le moyen par lequel elle est transmise. Le terme de tradition vient du latin « traditio » qui désigne non pas une chose transmise mais l’acte de transmettre.

De manière très générale, on peut désigner comme traditionnel, en ce troisième sens, ce qui se passe de génération en génération par voie essentiellement non écrite.

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