Le Carnaval de Toulouse

Le Dimanche 31 mars, Carnaval de Toulouse : un exemple de la tradition réinventée...  

 

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Nous pourrions commencer dans un premiers temps par mettre en opposition les textes de Jorge Amado évoquant l’ambiance des vieilles rues aux  senteurs  populaires, des quais, du port de cette ville enchantée de Salvador de Bahia  d’autrefois avec l’image moderne d’une ville cherchant à se tourner vers un tourisme de masse.

Salvador que j’ai connue à travers sa littérature, ayant tout  son charme  et son pittoresque grâce à  son  centre historique bien populaire aux rues peuplées d’artisans et de petits commerçants,  a fait table rase sur toute une partie de son histoire, en faisant peau neuve et en ravalant ses  façades qui maintenant abritent des boutiques de souvenirs pour touristes.

Des restaurants touristiques, des échoppes de souvenirs et des centres artisanaux ont remplacé les habitations autrefois rongées par l’humidité. Mais qu’est devenue l’authenticité de Salvador ?  A chaque coin de rue, des policiers ont pris la place des mendiants et des petits voleurs, les groupes de voyages organisés sont escortés de jeunes femmes en uniforme, le tourisme a gagné en tranquillité  mais qu’est donc devenue l’authenticité de Salvador ? Cette ville aurait-elle perdu aussi son âme ?

On ne peut cependant pas envisager Salvador comme une ville figée puisqu’il s’agit  justement d’une cité à l’attrait touristique évident du fait de son succès littéraire et de son passé historique. Si son centre historique reste figé à l’image d’une carte postale pour touristes avec ses innombrables  églises et monuments, Salvador est toutefois  une ville en pleine mutation dans ses mœurs et ses traditions. Le changement de Salvador est lié  à l’influence étrangère d’une ville en pleine ouverture vers l’extérieur. Dans ce jeu là, l’étranger, « O gringo » comme on l’appelle si bien,  a sa place dans l’apport de ce rêve, ce rêve d’ailleurs.

Comme par un jeu de miroirs, le touriste lui-même à la quête de cette authenticité perdue, les personnages qu’il cherche à piéger dans son appareil photo renvoient au  folklore qu’il met lui-même en scène. On assisterait aussi à toute une galerie de portraits de ces Bahianais qui naviguent entre folklore et tradition. Les traditions Bahianaises ont-elles gardé leur pérennité ou sont-elles en train de subir une altération de leurs rites liée à la vulgarisation touristique ? Si le phénomène d’acculturation et de métissage est une conséquence irrémédiable liée à l’ouverture vers l’extérieur, le tourisme de masse ne tend-il pas à accélérer ce phénomène ?

La tradition au présent

Nous avons ébauché une définition de la tradition comme un regard du passé  au présent.  Mais son élaboration est-elle à sens unique, épousant le mouvement du temps ? Sa vérité serait-elle d’ordre chronologique ? Est-elle vraiment le produit du passé ou ne serait-elle pas « un point de vue » que les hommes du présent développent sur ce qui les précède ? Est-elle « une interprétation du passé conduite en fonction de critères rigoureusement contemporains »  ?  « Il ne s’agit pas de plaquer le présent sur le passé mais de trouver dans celui-ci l’esquisse de solutions que nous croyons justes aujourd’hui non pas parce qu’elles ont été pensées hier mais parce que nous les pensons maintenant ».

Le chemin que la tradition emprunte ne serait plus alors du passé au présent mais plutôt du présent au passé, comme une sorte de rétroprojection ou encore une filiation inversée. Ce ne sont plus les pères qui engendrent les fils mais les pères qui naissent des fils, autrement dit ce n’est pas le passé qui produit le présent mais le présent qui façonne son passé. Pour illustrer cette démonstration, il faut préciser à juste titre qu’il existe une multiplicité de traditions au sein d’une société. Ainsi, chaque groupe, chaque entité sociale cherche sa tradition en allant puiser dans le passé le cadre qui lui convient.

Je mettrais en parallèle à mon analyse un passage de Pierre Verger qui permet de comprendre la pensée africaine dans le Candomblé et la transmission du savoir de la tradition :

« Dans une société  sans écriture, la mémoire est indispensable pour la conservation du patrimoine culturel et la transmission, de génération en génération, de la somme des connaissances acquises. L"ensemble de ces traditions forme la base de la personnalité, de l"identité, de l"originalité d'un groupe déterminé, lui donne sa raison d"être et le différencie des autres groupes. Cette mémoire est de caractère collectif et non personnel (...). Un enseignement tiré de la lecture d"un livre, aussi savant soit-il, serait sans valeur dans la civilisation orale car il lui manquerait un élément essentiel : la force des mots prononcés. Chez les yorubà, la transmission orale de la connaissance passe pour être le véhicule de « l"axé », le pouvoir, la puissance des mots, qui reste lettre morte dans un texte écrit. Les mots, pour avoir leur valeur, pour exister, doivent obligatoirement être prononcés. La connaissance, transmise oralement, a la valeur d"une véritable initiation par la parole agissante. L"initiation ne se passe pas au niveau mental de la compréhension, mais à celui, dynamique, du comportement.  Elle est fondée sur les réflexes et non sur le raisonnement, réflexes provoqués par des impulsions venant d’un fond culturel qui appartient au groupe et vaut surtout pour lui ».

La conservation dans le temps est-elle alors un critère de tradition ? Seraient-ils,  traditionnels, un mythe, une croyance, un conte, un rite, une pratique, toute institution préservée de la transformation ? La tradition serait « l’absence de changement dans un contexte de changement ».

 

Mais l’accomplissement d’une tradition n’est jamais la copie identique d’un modèle dont rien n’a été changé. En effet, la tradition possède aussi une capacité de variation qui n’est malheureusement pas mesurable par l’ethnologue et l’anthropologue. Mais les observations de l’ethnologue et ses enregistrements ne sont pas à proprement parler la tradition mais l’expression de la tradition.

La tradition serait ce noyau dur, immatériel autour duquel s’orientent et se coordonnent les variations de celle-ci ?

Mais « la tradition » ne réside pas seulement dans les idées, elle réside aussi dans les pratiques mêmes, comme si elle était moins un système de pensée qu’une façon de faire.

Dans notre travail, l’ethnologue aurait-il un redoutable privilège, celui d’être seul à même d’énoncer la tradition de l’autre, en la construisant inductivement à partir de l’observation ?

A défaut d’un détenteur qualifié de la tradition, on aurait besoin d’un ethnologue pour s’approprier sa tradition. Les diverses publications sur le Candomblé par les ethnologues et anthropologues n’échappent-elles pas à la réalité du candomblé lui même ? Dans une religion sans écriture, le sociologue  et l’anthropologue ne deviennent-il pas alors l’enjeu de toute légitimation de la pratique ? La vulgarisation et son accessibilité au plus grand nombre ne deviennent-elles pas un danger et un risque de glissement de la tradition ? Autrement dit, quelles peuvent être les conséquences de la transmission de la tradition par l’introduction de l’écriture dans des sociétés traditionnelles, précisément  parce que sans écriture ?

Que la tradition soit envisagée comme un fait de permanence dans le temps, ou comme un message culturel enfoui dans les pratiques, elle garde une grande partie de son mystère .

 

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